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Karen

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Vendredi 21 septembre 1979

Deux surprises m’attendaient en rentrant au début de l’après-midi. 

La première, c’est l’arrivée de nos nouveaux voisins, Valene et Gary. Comme ils étaient encore sur le pas de leur porte, je suis immédiatement allée leur dire bonjour pour me présenter et m’excuser par avance des désagréments que pourrait causer notre petite tribu. Ils étaient accompagnés de Bobby, le petit frère de Gary. C’est lui le beau brun qui leur faisait visiter la maison l’autre jour. Quand on emménage ainsi, dans une ville quand ne connaît pas, on a rarement tout le confort nécessaire pour se restaurer, c’est pourquoi je les ai invités pour le dîner. 

La deuxième surprise, nettement moins agréable, est une nouvelle « facétie » (le mot est faible) d’Annie : je m’apprêtais à rentrer chez nous quand Sid a jeté dehors un jeune homme livide de trouille. Il était rentré plus tôt du garage, à cause d’un rhume, et venait de trouver ce garçon et Annie... dans notre lit ! Quand il m’a dit ça, j’ai vu rouge, mais j’ai tenté d’apaiser les choses entre sa fille et lui. Résultat : il m’a crié dessus, m’ordonnant de ne pas m’en mêler. J’ai demandé calmement à Annie ce qu’il se serait passé si les garçons, en rentrant de l’école, l’avait trouvée au lit avec ce type. Elle m’a répondu, désinvolte, qu’ils auraient regardé le spectacle. Puis, elle est partie... avec ma voiture, une fois de plus ! J’ai demandé ensuite à Sid de faire quelque chose d’autre que de hurler sur Annie ou de faire l’autruche, mais il n’a rien voulu entendre. Il ne se rend vraiment pas compte qu’Annie fait tout ça parce qu’elle cherche à provoquer son père, faute de réussir à communiquer avec lui. 

Le début de soirée a été plus calme. Nos nouveaux voisins sont très sympathiques. Ils viennent du Texas et ont une grande fille, de l’âge d’Annie. Je leur ai demandé pourquoi elle n’était pas avec eux et Gary m’a répondu qu’elle resterait chez ses grands-parents, à Dallas, le temps de finir ses études. Cependant, la pauvre Valene a eu l’air très embarrassée par ma question. En fait, c’est une femme très réservée et elle a eu l’air intimidée toute la soirée. Mais, elle semble être un chic fille et je suis convaincue que nous nous entendrons bien. L'histoire de Gary et Val est surprenante : ils ont déjà été mariés, alors que Valene n'avait que seize ans. Pour des raisons qu'ils n'ont pas évoquées clairement (Valene ne cessait de rougir), ils ont dû se séparer. Et dix-sept ans plus tard, ils se retouvent et se marient une seconde fois ! C'est une nouvelle vie qu'ils commencent ici, à Knots Landing.

Après le dîner, nous avons tous filé chez Laura et Richard. Celui-ci a dépanné Gary et Val d’une ampoule, cet après-midi, et en a profité pour lancer une invitation de fin de soirée dans son jardin. En écoutant parler les hommes, dans leur coin, je crois avoir deviné que c’était le nom de famille du jeune couple qui l’avait sans doute incité à lier rapidement amitié. Si j’ai bien compris, Gary serait le fils d’un magnat du pétrole, Jock Ewing. Je suis sûr que Richard serait ravi d’avoir pour client M. Ewing. Sacré Richard et sa fichue carrière ! Enfin, cela me paraît peu crédible : pourquoi le fils d’un richissime texan viendrait-il s’installer dans une modeste (quoique ravissante) maison perdue dans une petite ville de Californie ? Peut-être l'explication est-elle en rapport avec la raison pour laquelle Gary et Val se sont séparés après la naissance de leur fille ? 

Autre chose notable : j’ai remarqué que Gary n’avait pas bu une seule goutte d’alcool de toute la soirée et que Val semblait vieillir de dix ans chaque fois qu’il s’approchait du bar, chez Richard. Un texan qui ne boit pas ? Voilà qui met à mal un vieux cliché ! Plus sérieusement, compte tenu de la visible inquiétude de Valene, je ne serais pas étonnée que son époux ait eu  par le passé un problème avec l'alcool. 

La soirée aurait pu finir paisiblement si je n’avais pas dû aller chercher Annie chez Kenny. Lorsque Ginger nous a rejoint en nous disant que son mari viendrait plus tard parce qu’il était en train de parler avec Annie, mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai prétexté d’aller aider Michael à faire ses maths pour m’absenter quelques minutes. Je me suis rendue directement sur les lieux que je pressentais être ceux du délit et... vlan ! mes craintes de ces derniers jours se sont confirmées : j’ai trouvé Kenny et Annie tendrement enlacés ! J’ai ordonné à Annie de sortir de chez lui puis j’ai expliqué à notre Dom Juan de service que si cette histoire revenait aux oreilles de Sid, il risquait de n’avoir bientôt plus le visage adéquat pour jouer les séducteurs. J’ai retrouvé ma belle-fille dans le jardin de Richard, se faisant remarquer par son manque de savoir-vivre. Sid a fini par lui hurler dessus, une fois de plus, et elle est partie. 

Elle est revenue tout à l’heure, dans ma voiture bien sûr, tandis que nous nous souhaitions tous bonne nuit devant nos maisons. Elle était avec Diana et, en les voyant, il ne nous a fallu que quelques secondes pour comprendre qu’elles étaient ivres mortes. J’ai senti la moutarde me monter au nez, mais le pire restait à découvrir : elles étaient mouillées et couvertes de sable. Elles s’étaient baignées après avoir bu ! Ma fille aurait pu se noyer ! J’avoue que je ne me suis pas souciée du triste spectacle que nous donnions à nos nouveaux voisins. Devant le manque de réaction raisonnable de Sid, je lui ai dit que dès demain il renvoyait Annie à sa mère ou que, sinon, c’était moi qui partait avec les enfants. 

Nous ne nous sommes plus adressés la parole depuis. Apparemment, il dort. Je vais aller le rejoindre pour en faire autant, si j’y arrive.

par Karen F.
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Jeudi 20 septembre 1979

Hier soir, nous nous sommes assis devant chez nous pour profiter des derniers rayons du soleil et de cette douce fraîcheur propre aux soirs d’été. « Nous », c’est-à-dire Laura, Richard, Ginger, Sid et moi. Le sujet des enfants et des difficultés de leur éducation est venu dans la conversation, je ne sais plus comment. Ca m’a fait un bien fou d’en parler, même si je me contentais d’allusions, sans me référer directement aux soucis que me cause Annie. Sid n’aurait pas apprécié que je parle de sa fille en des termes peu élogieux devant nos amis. 

Tout au long de ce sympathique bavardage, une fois de plus, j’ai trouvé que Richard se comportait comme un rustre avec Laura. Autant je faisais attention à ce que je disais à propos d’Annie pour ne pas vexer Sid, autant Richard n’hésite pas à humilier sa femme en notre présence. Il ne cessait de l’interrompre pour la contredire, quoi qu’elle dise. Si elle disait « blanc », Richard prenait un air condescendant pour lui dire « Non, chérie, c’est noir ». Je déteste quand il fait ça ! D’autant plus que Laura ne réplique pas. Elle devrait le remettre à sa place. 

Le comble : il a fini par la couper au milieu d’une phrase pour lui demander, sur un ton poli mais injonctif, d’aller nous chercher des boissons. Laura s’est exécutée immédiatement. Aussitôt, j’ai commencé à faire remarquer à Richard que Laura lui témoignait une patience d’ange, mais Sid m’a discrètement pressé le bras, ce qui signifiait : « Karen, ce ne sont pas nos affaires. » Si, ce sont nos affaires ! Du moins, ce sont les miennes, car Laura est ma meilleure amie. Je suis allée la retrouver dans sa cuisine. Elle fumait en pleurant. Elle fume trop. Elle pleure trop, aussi. 

Sinon, au cours de notre conversation, Ginger a soupiré à plusieurs reprises qu’elle aimerait avoir des enfants, si bien que nous avons compris que Kenny ne devait pas être pressé de laisser s’exprimer sa fibre paternelle. Beaucoup de jeunes couples connaissent cette étape ; les hommes sont souvent moins impatients que les femmes d’avoir des enfants. J’adore mes kids, mais certains jours, je me dis que ce sont peut-être les maris qui ont raison ! 

A propos de Kenny : tout à l’heure, Annie s’est encore rendue chez lui. Cette fois en la présence de Ginger, je me suis sentie soulagée. Après tout, il est naturel qu’Annie ait envie de fréquenter des jeunes gens à peine plus vieux qu’elle. A ses yeux, nous sommes sûrement des vieux croulants ! Mais Ginger est partie, souriante, environ dix minutes après son arrivée, tandis qu’Annie est restée seule avec Kenny pendant plus d’une heure. Annie est très jolie. Kenny est un jeune homme très séduisant. Est-ce moi qui vois le mal partout, ou bien Ginger est-elle trop confiante ? 

Je dois abréger, le temps passe et j’ai encore beaucoup à faire, notamment aller me poster à l’entrée du supermarché pour distribuer le tract que j’ai rédigé avec Laura, dans lequel nous invitons nos concitoyens à choisir les produits avec le moins d’emballage possible. Les emballages représentent la moitié du volume de nos déchets, il faut agir !

par Karen F.
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Mercredi 19 septembre 1979

Il ne pleut jamais en Californie, dit-on. Ce qui n’empêche pas le temps d’être à l’orage, certains jours. Là, en l'occurrence, je suis d'humeur à gronder et je suppose que mes yeux doivent lancer des éclairs ! 

Annie, la fille de Sid, de son premier mariage, est arrivée chez nous il y a quatre jours. Il me semble qu’elle est là depuis une éternité. Elle a 18 ans et devrait avoir atteint l’âge de raison et, pourtant, elle fait bêtise sur bêtise, se montre grossière et donne un très mauvais exemple à Diana qui l’admire sans concession. Je ne parle même pas des garçons : Michael est venu me répéter qu’Annie lui avait demandé s’il se masturbait. Je crois être large d’esprit, mais j’ai mes limites. Cet après-midi encore, elle m’a « emprunté » ma voiture, sans me demander l’autorisation. A son retour, sur la banquette arrière, de façon volontairement ostensible, traînait un préservatif usagé. Il est évident qu’elle cherche à me provoquer. 

Ce qui m’inquiète davantage, c’est qu’elle passe beaucoup de temps avec Kenny... surtout en l’absence de Ginger. Je me fais peut-être des idées, mais lorsque Sid s’en apercevra, je ne donne pas cher des dents de devant de notre pauvre voisin ! 

Susan, la mère d’Annie, nous a envoyé sa fille pour deux semaines, sans explication, alors qu’elle a tout fait jusqu’à présent pour l’éloigner de Sid et de moi. Je crois avoir fait de mon mieux pour qu’Annie se sente chez elle, ce n’est sûrement pas facile pour elle de débarquer ainsi dans une famille qu’elle ne connaît pratiquement pas. Malgré tous mes efforts, elle semble me considérer comme son ennemie, une belle-mère acariâtre. Annie n’a pourtant rien d’une innocente Blanche-Neige ! Quant à Sid, il n’ose rien dire à sa fille, il reste en retrait. Si bien que nous nous sommes plus ou moins disputés, car je suis convaincue qu’il devrait engager une discussion avec elle. Sid, lui, croit que le temps suffira arranger la situation. J’imagine qu’Annie doit souffrir d’avoir été séparée de son père, il faut qu’ils crèvent l’abcès tous les deux. 

S’ils ne le font pas au plus vite, je ne crois pas que je conserverai mon sang froid
 encore dix jours de plus. Ne serait-ce que pour protéger les enfants, j'exigerai qu'Annie retourne à Philadelphie plus tôt que prévu, ce qui ne sera bon ni pour elle ni pour Sid...

par Karen F.
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Jeudi 13 septembre 1979

Ce n’est pas chose aisée de commencer la rédaction de son journal intime. Surtout quand on a la prétention de croire qu’il sera lu un jour par ses proches ou par des inconnus. Peut-être, dans un premier temps, devrais-je tout simplement me présenter ? 

Je vis à Knots Landing, en Californie, avec Sid, mon adorable époux, et nos trois enfants : Michael (12 ans), Eric (14 ans, bientôt 15) et Diana (qui s’en va sur ses 16 ans). Tout ce petit monde dont il faut s’occuper ne me laisse pas le temps d’avoir un job, hélas ! et nous vivons des revenus de la concession automobiles de Sid, dont je gère la comptabilité. Toutefois, je suis heureuse, je ne me plains pas de mon sort. J’ai une famille formidable, un voisinage plaisant et, pour moi qui suis originaire de New York mais qui apprécie la nature et le grand air, la vie ici est paradisiaque ! Notre maison se situe à Seaview Circle, à 5 minutes d’une grande plage immense et magnifique. Seaview Circle est un « cul-de-sac », comme disent les Français, une rue en forme d’ampoule autour de laquelle sont alignées des maisons, dont la nôtre. Nous nous entendons à merveilles avec plusieurs de nos voisins. 

Il y a tout d’abord Laura, ma meilleure amie que j’adore, et son mari Richard. J’aime beaucoup ce dernier. Il lui arrive de bouder comme un adolescent lorsque je le taquine sur son ambition et que je lui fais comprendre, en tête-à-tête bien sûr, que Laura et leur fils Jason sont plus importants que sa carrière d’avocat, mais il écoute tout de même mes conseils. A défaut de les suivre. On arrive à faire passer beaucoup de messages avec l’humour ! 

Ensuite, nous avons Ginger et Kenny. Je dois avouer que si j’ai de l’affection pour elle, j’ai un peu plus de mal à sympathiser avec lui. Certes, ils sont jeunes, mais ça n’excuse pas tout. J’ai des raisons de croire que Kenny est un coureur de jupons et que Ginger aurait toutes les raisons de s’inquiéter. Cela fait déjà deux fois que j’aperçois une jeune fille sortir subrepticement de chez eux, en l’absence de Ginger. Ca me fait mal au cœur pour elle. 

Enfin, peut-être aurons-nous bientôt de nouveaux voisins. Tandis que j’arrosais les hortensias du jardin, ce matin, j’ai vu un couple d’âge moyen venir visiter la maison d’à côté qui est à vendre. Ils avaient l’air très amoureux et très heureux. J’ai remarqué que celui qui leur faisait visiter les lieux, un grand brun très séduisant, était le sosie de l’acteur qui joue dans cette série télévisée de NBC qu’Eric et Michael adorent, The Man from Atlantis

Bon, ça y est, j’ai débuté mon journal. Ce sera tout pour aujourd’hui, je dois aller acheter des œufs pour le petit déjeuner de demain, avant que les enfants ne sortent de l’école.

par Karen F.
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